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Des nouvelles d'Haiti

Haïtï Haïtï

Par Chaney Manon, le 28/07/2010

Chers parents et amis,                                                                                                        Port-au-Prince le 26 juillet 2010

 

 

Un mois après le séisme, j’écrivais : « Pour le moyen terme, on ne sait pas trop où l’on va. Faudra-t-il six mois pour déblayer et planifier les terrains des démolitions, choisir et préparer d’autres terrains à la périphérie pour y installer des villages de tentes ou d’autres abris plus solides ? Rien de bien clair pour le moment ! » - eh bien, 6 mois après le séisme, on ne sait pas davantage où l’on va, le paysage n’a pas changé. En dépit des moyens immenses mis à la disposition de ce pays si l’on en croit les déclarations très médiatisées, la situation est toujours aussi chaotique; je préférais voir les maisons fissurées, penchées, affaissées sur elles-mêmes, à voir les montagnes de gravas s’accumuler en remblais sur les rues, causant des embouteillages qui font perdre aux chauffeurs et aux usagers un temps précieux.

 

 

Il y aurait une centaine de camions consacrés au déblayage. Il en faudrait un millier. Des actions ponctuelles sont menées pour accompagner les sinistrés dans leur lutte pour la vie. Il en était déjà ainsi en février. On constate que les citernes gonflables de l’Unicef ou de ACF fournissent encore l’eau potable un peu partout ; seuls de rares camps ne sont pas rejoints. Les sinistrés ne manquent pas d’eau à boire, ni pour la toilette, ni pour la cuisine, c’est une bénédiction au milieu de la poussière et de la chaleur de cette saison !

 

 

En ce qui me concerne avec mes confrères de la maison provinciale, l’élan de générosité et de fraternité qui a suivi le 12 janvier ne s’est pas démenti et nous participons à l’organisation des secours en subsides, nourriture et soins divers, dans nos centres d’hébergements et les quartiers des environs tant que la situation le demande.

 

 

Une étape significative a constitué dans des aides substantielles pour la relance d’une activité qui permette à quelqu’un de vivre avec sa famille : une barquette de denrées revendues au détail par les petites marchandes, un petit commerce de charbon, un autre de morceaux de glace, une cuvette de sachets de jus de fruits, des sachets de pain, des légumes, un panier d’œufs, des habits ou chaussures d’occasion, un ordinateur pour communiquer sur le Net, un delco, un tap-tap d’occasion (taxis local), un bizness d’achat et revente de cartes de téléphone, du matériel de base pour l’artisanat, une motocyclette-taxis, une aide au relogement à Pétion-Ville ou à Port-de-Paix pour ceux qui sont allés vivre là-bas, des outils  de coiffeur, de maçon, d’ébéniste, le financement des étudiants depuis avril, etc. bref, au cas par cas selon les besoins et les possibilités.

 

 

La principale source de revenu du peuple est le commerce de détail  des « petites marchandes » aux denrées rangées dans une cuvette posée sur la tête ou étalées sur une petite table au bord de la rue. Ce peuple-là n’aura rien des subsides officielles… on lui demande de rester à la périphérie, de ne surtout pas descendre en ville. Les grands immeubles commerciaux du centre « historique » ont la priorité du déblayage pour la reconstruction ; On observe, dans le suivi du séisme de janvier, les mêmes réflexes qui avaient accompagné celui du tsunami d’Asie : l’aide est accordée en gros à ceux qui ont perdu gros : grands magasins, hôtels etc. et rien n’est prévu pour les pauvres, tout simplement parce qu’ils n’avaient rien et n’ont donc pas perdu grand chose ! Qu’ils restent donc à leur place et que les grands ce de ce monde reprennent la leur ! Les ONG interviennent sans coordination entre elles. 60% des fonds servent à leur auto-fonctionnement, le reste va à la base en lien avec des leaders locaux qui savent profiter aussi de la situation.

 

 

Quelques personnes restent en état de prostration suite aux chocs subis. Beaucoup ont retrouvé un souffle d’espoir avec des habitudes de survie et la précarité a réapparu telle qu’autrefois, avec un peu d’autonomie et d’intimité dans les baraquements actuels faits de poteaux et de bâches, plus spacieux que les tentes. A la première opportunité, ils retourneront  là où ils étaient avant le 12 janvier. Le gouvernement les ignore. La contribution principale à la vie du peuple reste celle de la diaspora qui transfère de l’argent aux familles et permet ainsi au chaos de fonctionner.

 

 

Des entreprises proposent des modèles de constructions en parasismique. On prendra le temps d’étudier les plans et devis définitifs. Je ne peux dire déjà si la reconstruction du jardin d’enfant / chapelle commencera avant ou après mon congé de l’été 2011. La clôture pour sécuriser le terrain est en bonne voie. Elle sera terminée en août. Les enfants de la maternelle ont leurs vacances en août.  Sur les 66 parrainés, 4 sont décédés chez eux le 12 janvier, 2 ne sont pas revenus des provinces où leurs familles avaient cherché refuge. Les autres trouvent à la cantine un repas quotidien. Leurs parents reçoivent chaque semaine un lot de provisions alimentaires. Je dois mettre à jour la liste des parrainages pour la rentrée de septembre et contacter les parrains pour les informer.

 

 

Les programmes de déblayage « cash for work » des ONG  (travail contre argent) d’avril, ont repris en juillet. Le positif est qu’ils occupent des milliers de gens, surtout des jeunes, rémunérés à 4,5 euros par jour. Le négatif est que les déblayages ne progressent pas. Au rythme actuel, si 1/10ème du travail a été fait pendant 6 mois, faudra-t-il 9 fois 6 mois pour en finir ? On n’en sortira pas sans pelleteuses et bulldozers, là où ils peuvent accéder. Les grands collèges effondrés ont été détruits déblayés en quinze jours, le provisoire fait de madriers, de planches et de tôles a été construit en 15 jours. Il n’en va pas ainsi dans les quartiers populaires où le travail se fait à la main. Des centaines de travailleurs en file indienne se passent de mains en mains un morceau de parpaing, à destination de la rue la plus proche.

 

 

Continuons nous aussi de tenir bon la chaîne qui nous relie les uns les autres jusqu’à ce peuple qui suscite toujours de l’admiration, malgré les dérapages qu’on signale parfois, inévitables en de telles circonstances ! Que ceux et celles qui font partie de cette chaîne d’amitié en soient vivement remerciés.